L'Europe ouvre ses supercalculateurs au Canada pour s'affranchir des États-Unis
Le Canada est devenu le 30 octobre le 39e État participant d'EuroHPC, le réseau public de supercalculateurs que l'Union européenne construit depuis des années, à l'occasion d'un sommet organisé à Montréal. Ses chercheurs et ses entreprises vont pouvoir entraîner leurs modèles d'IA sur les machines européennes, Jupiter en tête.
Jupiter, justement, installé au centre de recherche de Jülich en Allemagne et assemblé à Angers par le français Eviden et l'allemand ParTec, est le cinquième supercalculateur le plus puissant du monde et dépasse le milliard de milliards d'opérations par seconde. Le meilleur calculateur canadien pointe à la 95e place du même classement. L'écart est énorme, du coup on comprend vite ce qu'Ottawa vient chercher dans l'affaire.
Ce clic autorise une connexion à Google : adresse IP transmise et traceurs possibles. En savoir plus
Le ticket d'entrée comprend aussi les 19 usines d'IA européennes, ces centres de calcul pensés pour entraîner les modèles, une dizaine d'ordinateurs quantiques et le programme Destination Earth, un double numérique de la planète qui sert à simuler le climat. En face, Ottawa verse une centaine de millions d'euros sur quatre ans via Horizon Europe, le grand programme de recherche européen, et finance en plus son propre supercalculateur public dédié à l'IA pour près de 900 millions de dollars canadiens.
Mais bon, le fond de l'affaire est surtout politique. Les deux partenaires cherchent à dépendre un peu moins des États-Unis pour leur calcul et leurs modèles, à un moment où 80 % du trafic internet canadien transite par les infrastructures américaines. Un câble de données direct entre les deux continents est aussi à l'étude pour éviter ce détour.
Les industriels suivent. Le canadien Cohere, concurrent direct d'OpenAI installé à Toronto, a racheté en septembre l'allemand Aleph Alpha, et Bruxelles prépare de son côté sept gigafactories d'IA, des centres de calcul géants budgétés à 30 milliards d'euros, dont les dossiers de candidature sont attendus pour le 12 novembre.
Ottawa pousse aussi l'idée d'un conseil international de l'IA, calqué sur l'organisme qui surveille la stabilité financière mondiale, alors que l'AI Act, la loi européenne qui encadre les usages de l'intelligence artificielle, s'applique depuis cette année.
Personne ne se raconte d'histoires pour autant. Même additionnées, les capacités de calcul européennes et canadiennes ne rattrapent pas les centres de données américains, qui se mesurent maintenant en gigawatts, et aucun des deux partenaires ne prétend le contraire.
Je trouve plutôt sain de voir deux puissances moyennes mutualiser leurs machines au lieu de louer celles des géants américains, même si le rapport de force ne bouge pas encore.
Source : TechSpot