Les drones ukrainiens font encore tomber le cloud de Yandex, le Google russe
En quatre jours, l'Ukraine a envoyé ses drones longue portée sur trois des cinq grands data centers de Yandex, ces hangars bourrés de serveurs qui font tourner le moteur de recherche, les VTC, la livraison de repas et le paiement en ligne de dizaines de millions de Russes.
Le site de Sasovo a été touché jeudi, celui de Kaluga, le plus gros du groupe, vendredi, puis celui de Vladimir dimanche, au point que l'entreprise a annoncé l'arrêt complet de ce dernier. Sasovo abritait en plus deux des trois supercalculateurs maison dédiés à l'IA.
Côté services, le bilan pique un peu pour la Russie. Yandex Pay, le système de paiement, est tombé, le cloud tourne autour de 30 % de sa connectivité habituelle d'après l'observatoire NetBlocks, et une appli de rencontres hébergée là expliquait que plus personne ne pouvait se connecter depuis jeudi et que même les restaurations depuis les sauvegardes du cloud échouaient.
Le site du club de foot du Spartak Moscou était lui aussi dans le noir, alors que l'assistant vocal Alice, le mail et les cartes revenaient petit à petit. L'action a perdu environ 4 % à la Bourse de Moscou.
Kiev assume complètement. Volodymyr Zelensky présente ces frappes comme la réponse aux attaques russes de septembre contre les data centers ukrainiens de Vodafone et de l'hébergeur Cosmonova et contre le siège de l'opérateur mobile Kyivstar, qui avaient privé d'internet quelque 100 000 foyers.
Sur les réseaux, des milliers de messages racontent depuis ce week-end que les bots pro-russes, ces faux comptes qui inondent X et Facebook de propagande, se sont tus d'un coup après les frappes, graphique Cloudflare à l'appui avec un trafic de bots Yandex tombé à 0,4 % de son niveau habituel. Zelensky lui-même a relayé l'idée, mais elle est difficile à vérifier.
La courbe de Cloudflare, l'entreprise américaine qui fait transiter une bonne partie du web mondial, compte les requêtes automatisées sortant du propre réseau de Yandex, autrement dit ses robots d'indexation, ces programmes qui parcourent les sites pour alimenter le moteur de recherche. Les fermes de trolls tournent ailleurs, et aucune plateforme ni aucun chercheur n'a mesuré la moindre baisse des campagnes coordonnées russes.
La vraie info se suffit pourtant largement à elle-même. Un pays a coupé des pans entiers du web d'un autre en visant quelques bâtiments, et les hébergeurs commencent du coup à réfléchir à des data centers enterrés, gérés comme des bases militaires.
L'histoire des bots muets m'aurait quand même bien plu. Mais elle attendra des preuves un peu plus solides.
Source : Theregister