Anthropic reste sur la liste noire du Pentagone

La cour d'appel fédérale de Washington a tranché : le Pentagone a le droit d'inscrire Anthropic, la société derrière l'assistant Claude, grand rival d'OpenAI, sur sa liste noire des fournisseurs à risque, une étiquette d'habitude réservée aux boîtes soupçonnées de bosser pour des puissances hostiles.

L'affaire couve depuis le début de l'année. Anthropic refuse que ses modèles servent à piloter des armes autonomes ou à surveiller massivement les Américains, et ces garde-fous sont codés directement dans Claude, du coup ils ont déjà bloqué des requêtes d'utilisateurs militaires, y compris pendant une opération en cours à l'étranger.

L'administration a exigé la levée de ces restrictions. Anthropic a dit non. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a donc classé ce refus parmi les risques pour la sécurité nationale, les agences fédérales ont reçu l'ordre d'abandonner Claude, les sous-traitants de la défense ont reçu l'interdiction de travailler avec la société, qui a porté plainte en mars.

Sauf que la justice américaine parle avec deux voix. En Californie, la juge Rita Lin a déjà déclaré cette situation illégale, en expliquant que la loi invoquée vise les sabotages d'adversaires étrangers et que "l'invocation creuse de la sécurité nationale n'est pas un chèque en blanc pour punir les critiques du gouvernement".

La cour de Washington s'est penchée, elle, sur une seconde loi bien plus large, qui couvre "toute personne" capable de "refuser" une fonction au gouvernement fédéral. Pas besoin d'intention malveillante, refuser d'activer certaines fonctions de Claude suffit à faire d'Anthropic un risque couvert par le texte.

Les juges résument eux-mêmes le problème, entre un modèle trop bridé qui s'arrête en pleine opération militaire et un modèle débridé qui hallucine des cibles à frapper. Ils concluent de fait que cet arbitrage revient à Trump. Les deux magistrats de la majorité ont d'ailleurs servi dans la première administration Trump, ça ne vous surprendra pas.

La juge dissidente rappelle quand même que ce texte devait contrer les États hostiles qui infiltrent les systèmes fédéraux, pas sanctionner un fournisseur qui assume honnêtement ses conditions d'utilisation.

Anthropic conteste et envisage la Cour suprême, ce qui promet des années de procédure. Le Pentagone bascule pendant ce temps vers Grok, Gemini ou les modèles d'OpenAI, dont une partie des salariés protestait d'ailleurs contre ce même contrat. Leurs directions ont signé quand même.

Anthropic assure de son côté que ses ventes grimpent malgré l'étiquette de paria, et prépare son entrée en Bourse pour la fin de l'année.

Petit détail qui a son importance, Howard Lutnick, le ministre américain du Commerce, assurait il y a quelques jours que l'administration et Anthropic s'étaient rabibochés. Visiblement, personne n'a prévenu les juges.

Source : ARS Technica

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